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ALGERIE : Une nouvelle législation sur les devises

Par Mathurin Tchitchoua
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En mettant fin à un régime dérogatoire accordé aux non-résidents en Algérie, la nouvelle législation sur les devises marque un durcissement assumé du contrôle des flux financiers, avec des effets directs sur la diaspora algérienne et des interrogations sur son efficacité réelle.

L’entrée en vigueur de la loi de finances 2026, le 1er janvier, ouvre un nouveau chapitre dans la politique de contrôle des devises en Algérie. Derrière un article technique en apparence discret, le législateur opère un resserrement significatif des règles applicables aux voyageurs non-résidents, y compris aux Algériens établis à l’étranger, jusque-là bénéficiaires d’une relative souplesse.

Ce changement traduit une volonté claire de reprise en main des flux financiers à la sortie du territoire, dans un contexte de tensions persistantes sur les réserves en devises et de lutte affichée contre le marché parallèle.

Jusqu’à présent, la diaspora algérienne profitait d’une exception tacitement admise. À l’entrée sur le territoire, les devises transportées étaient déclarées, mais leur utilisation durant le séjour n’était pas réellement contrôlée au moment du départ. Cette situation contrastait avec celle des voyageurs étrangers, soumis à des exigences plus strictes et à un suivi plus rigoureux.

Avec l’article 129 de la loi de finances 2026, cette différenciation disparaît. Le texte aligne désormais tous les non-résidents sur un même régime, mettant fin à une tolérance longtemps perçue comme un accommodement politique envers la communauté algérienne à l’étranger.

Dans les faits, les règles à l’entrée du territoire restent inchangées. Toute personne transportant plus de 1 000 euros, ou l’équivalent en devises, demeure tenue d’en faire la déclaration auprès des services des douanes. Le véritable tournant intervient au moment du départ.

Désormais, le voyageur non-résident doit être en mesure de présenter un justificatif bancaire attestant du change officiel effectué en Algérie durant son séjour. À défaut, il s’expose à des sanctions prévues par la législation en vigueur. Autrement dit, la simple déclaration à l’entrée ne suffit plus : il faut prouver que les devises ont transité par le circuit formel.

Le texte va plus loin en élargissant le champ des valeurs concernées par l’obligation de déclaration. Il ne s’agit plus uniquement des billets et pièces de monnaie, mais aussi de l’ensemble des instruments susceptibles de transporter de la valeur, incluant moyens de paiement au porteur, effets de commerce, titres négociables, ainsi que métaux et pierres précieux. Cette précision vise clairement à fermer les voies de contournement et à répondre à l’ingéniosité du marché informel, habitué à s’adapter aux failles réglementaires.

Derrière ce durcissement, l’intention des autorités apparaît sans ambiguïté. Une part significative des devises introduites par les non-résidents alimente le marché parallèle, attirée par l’écart structurel entre le taux de change officiel et celui pratiqué hors du système bancaire. En imposant un justificatif de change à la sortie, l’État cherche à contraindre les voyageurs à passer par les circuits officiels et à réduire l’oxygène financier d’un marché informel devenu central dans l’économie réelle.

Reste que l’efficacité de la mesure suscite déjà des réserves. Le dispositif, à lui seul, ne règle ni la pénurie chronique de devises accessibles légalement pour les particuliers et les opérateurs économiques, ni la défiance envers le système bancaire. Par ailleurs, son application concrète aux frontières pose question.

La pression sur les services douaniers, le volume élevé de voyageurs et la complexité des contrôles risquent de transformer cette réforme en source de frictions supplémentaires, notamment avec une diaspora qui pourrait percevoir cette évolution comme une contrainte de plus plutôt qu’un levier de réforme économique.

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