Les huit personnes interpellées samedi 25 avril appartiennent au Groupe de concertation des acteurs politiques (Gcap), une coalition de formations politiques d’opposition et de représentants de la société civile. Le Gcap a été dissous la veille, vendredi 24 avril, par un arrêté de la Cour suprême. Les activités du collectif ont été déclarées illégales sur l’ensemble du territoire tchadien, alors que celui-ci appelait à une « marche de protestation et d’indignation ».
Ces présidents de partis d’opposition ont été interpellés à Ndjamena sans motif officiel ni mandat d’arrêt, samedi 25 avril. Tous sont membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (Gcap), une coalition de formations politiques d’opposition et de représentants de la société civile.
La première arrestation a eu lieu tôt dans la matinée. Le professeur Avocksouma Djona Atchénémou, président du parti Les Démocrates, a été appréhendé à son domicile avec son épouse. Alertés, d’autres présidents du Gcap se sont alors réunis en urgence au siège du Parti africain pour la paix et la justice sociale (PAP/JS). C’est là que sept d’entre eux ont été interpellés à leur tour par les forces de sécurité, qui ont saccagé au passage les locaux du PAP/JS, brisant des vitres et emportant les voitures garées sur place, selon Hissen Abdoulaye, le porte-parole de la coalition.
Parmi les personnalités arrêtées figurent des visages clés de l’opposition, notamment Max Kemkoye et Nassour Koursami. Conduits à la coordination de la police judiciaire de Ndjamena, les huit leaders interpellés du Gcap – qui en compte 13 au total – n’ont pas pu recevoir l’assistance d’un avocat, poursuit le porte-parole de la coalition.
Ces arrestations interviennent à la suite de la publication d’un arrêté de la Cour suprême, vendredi 24 avril, qui dissout le Gcap, dont les activités ont été déclarées illégales sur l’ensemble du territoire tchadien. Une décision prise alors que le collectif appelait à une « marche de protestation et d’indignation », le 2 mai.
« Un acte qu’on peut qualifier de rafle »
Dimanche 26 avril, le ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif, a justifié l’interpellation des huit opposants, expliquant que le Gcap n’était « pas reconnu par l’État tchadien [et qu’il avait] été dissous par un arrêt de la Cour suprême ». « Tout le monde doit répondre à la loi, que ce soit le Gcap ou tout autre groupement politique, lorsque celle-ci n’est pas respectée et que l’on appelle à des manifestations sans autorisation préalable, sans les règles édictées par la justice », a-t-il ajouté.
À l’inverse, Mahamat Nour Ibedou, le secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits de l’homme, juge lui ces arrestations « arbitraires ». « L’opposition démocratique, qui donnait une figure humaine à notre embryon de démocratie, est victime d’un acte qu’on peut qualifier de rafle. Cette vague d’interpellations est le reflet d’une dérive démocratique qui a commencé voilà déjà quelques mois, voire quelques années, au Tchad », déplore ce dernier, pour qui la situation continue par ailleurs de se dégrader. « Depuis quelques temps, toutes les manifestations sont systématiquement interdites et l’espace démocratique se rétrécit dans le pays […]. Bien sûr, des partis politiques y ont été créés, mais souvent par le pouvoir pour l’aider dans cette dérive qui s’installe progressivement. L’oligarchie militaro-familiale désormais au pouvoir permet d’étouffer la moindre voix discordante », regrette-t-il encore.