Donald Trump a déclaré ce samedi 3 janvier 2026 que les forces américaines avaient « capturé et exfiltré » Nicolas Maduro, qui fera notamment face, aux États-Unis, à des accusations de « narcoterrorisme ». Depuis des mois, l’administration américaine affirme que le dirigeant vénézuélien est à la tête d’une mystérieuse organisation mafieuse.
Il aura fallu quelques heures et une série de détonations en plein cœur de la capitale, Caracas, pour mettre un terme à treize ans de pouvoir de Nicolas Maduro au Venezuela.
Le président américain Donald Trump a déclaré samedi que les forces américaines avaient « capturé » le président vénézuélien, après avoir lancé une « attaque de grande envergure » contre le pays sud-américain, et que le dirigeant et son épouse feraient face « à toute la rigueur de la justice américaine » dans le cadre de poursuites pour trafic de drogue et terrorisme.
Justifiant cette intervention, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé que « Maduro n’était pas le président du Venezuela », mais plutôt « le chef du Cartel de los Soles, une organisation narcoterroriste qui s’est emparée d’un pays ».

Cette accusation, reprise par Donald Trump ce samedi depuis son domicile de Mar-a-Lago, en Floride, a servi de fil de rouge à la montée en pression de Washington vis-à-vis de Caracas ces derniers mois.
Et en novembre dernier, le classement du Cartel de los Soles par les États-Unis comme organisation terroriste étrangère ouvrait tout un champ de possibles : l’application de nouvelles sanctions, mais aussi l’organisation de frappes militaires en territoire étranger. Frappes qui ont donc eu lieu cette nuit.
Une accusation vieille de quinze ans
Pour autant, cette affirmation est-elle fondée ? En 2020, le ministère américain de la Justice accusait déjà formellement le dirigeant vénézuélien et d’autres membres de son gouvernement de participer à un « complot narcoterroriste » auquel étaient mêlés ce même Cartel de los Soles et les Forces armées révolutionnaires de Colombie. L’acte d’accusation présentait la branche armée de cette prétendue organisation comme la guérilla la plus puissante de toute l’histoire de l’Amérique latine.
Le ministère américain de la Justice faisait remonter la création de ce supposé cartel à 1999, l’année de l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez. Il aurait été formé par de « hauts responsables vénézuéliens » issus des « forces armées, des services de renseignement, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire », et aurait immédiatement conclu un accord avec les Farc pour « transférer une partie de leurs opérations » de production de cocaïne au Venezuela « sous la protection du cartel ».
Problème : selon de nombreux experts, le Cartel de los Soles n’existe pas, du moins pas en tant qu’organisation. « C’est une étiquette que les journalistes ont inventée il y a très longtemps, avant même qu’Hugo Chavez n’arrive au pouvoir, pour désigner les militaires de haut rang impliqués dans le trafic de drogue », explique Phil Gunson, chercheur à l’International Crisis Group, interrogé par RFI.
« Détourner le regard »
« L’implication de hauts responsables vénézuéliens dans le trafic de drogue et même le nom de Cartel de los Soles – qui fait référence à l’insigne solaire marquant le grade de général dans l’armée vénézuélienne – sont antérieurs à l’arrivée au pouvoir de Chavez », confirme le think tank InSight Crime dans un article de mai 2022. Mais contrairement à ce que s’efforçait de dessiner l’acte d’accusation du ministère américain de la Justice, le Cartel des Soleils n’est en aucun cas une organisation hiérarchisée et centralisée ; seulement un ensemble de réseaux disparates dans lesquels grenouillent des membres du gouvernement et de l’armée.
Il est cependant difficile d’évaluer à quel point les militaires vénézuéliens sont impliqués dans le narcotrafic, observe le chercheur Phil Gunson : « En général, ils touchent de l’argent pour détourner le regard ou laisser les trafiquants utiliser un aéroport ou une route. Mais le plus souvent, les généraux ne sont pas des trafiquants de drogue. Ils ne sont pas propriétaires des cargaisons de cocaïne. Donc parler d’organisation terroriste, c’est absurde. »
Dans l’une de ses dernières interviews, accordée au journaliste Ignacio Ramonet, Nicolas Maduro niait formellement toute implication de son pays dans le trafic de drogue en direction des États-Unis : « Puisqu’ils ne peuvent pas accuser le Venezuela de posséder des armes de destruction massive, puisqu’ils ne peuvent pas nous accuser de posséder des missiles nucléaires, ou d’en préparer […] alors ils ont inventé une accusation qu’ils savent fausse. »
Inculpé de « narcoterrorisme », le couple présidentiel faisait route, ce samedi, vers New York, pour y être jugé, a indiqué Donald Trump.
Source : rfi.fr