Invité du programme « Global Perspectives : In Doha » de CNN, le Secrétaire général de la ZLECAf a plaidé pour une intégration économique africaine plus ambitieuse, fondée sur la mobilisation des capitaux du continent, le développement de ses capacités productives et des partenariats guidés par ses propres priorités.
Dans un contexte de fortes tensions sur le commerce international et de recomposition des équilibres économiques mondiaux, S.E.M. Wamkele Mene, Secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), a réaffirmé à Doha la nécessité pour l’Afrique d’accélérer son intégration économique tout en renforçant sa capacité à financer son propre développement.
Intervenant dans le cadre du programme « Global Perspectives: In Doha », organisé par CNN, le Secrétaire général a participé au panel « The Negotiators », animé par la journaliste Christiane Amanpour. Il a partagé cette tribune avec Brett McGurk, analyste des affaires mondiales pour CNN et ancien conseiller de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient, ainsi qu’avec Hiba Qasas, directrice exécutive de la « Principles for Peace Foundation. »
Il a également accordé un entretien télévisé à CNN, au cours duquel il est revenu sur plusieurs enjeux déterminants pour l’avenir économique du continent : le financement du développement, la souveraineté énergétique, les partenariats internationaux, la transformation numérique et la création d’emplois.
Au fil de ses interventions, un message central s’est dégagé : face aux incertitudes mondiales, l’Afrique doit poursuivre son ouverture au monde tout en consolidant les moyens de sa propre transformation économique.
Le multilatéralisme, un choix stratégique pour l’intégration africaine
Alors que le système commercial multilatéral traverse une période de tensions particulièrement fortes, Wamkele Mene a défendu la coopération fondée sur des règles communes comme une réponse indispensable aux défis économiques et géopolitiques contemporains.
Pour l’Afrique, profondément intégrée aux chaînes de valeur mondiales, les perturbations du commerce international rendent cette coopération d’autant plus nécessaire.
Le Secrétaire général a souligné que la réponse du continent ne saurait être le repli sur soi. Elle réside, au contraire, dans l’accélération de son intégration économique : réduire les obstacles au commerce et à l’investissement, rapprocher des marchés encore fragmentés et construire un espace économique continental capable de soutenir la compétitivité africaine à l’échelle mondiale.
C’est précisément l’ambition portée par la ZLECAf : faire émerger un marché unique dans lequel les biens et les services peuvent circuler plus librement, offrant ainsi aux entreprises africaines de nouvelles perspectives de croissance.
Pour Wamkele Mene, cette démarche s’inscrit dans une conviction plus large : qu’il s’agisse du changement climatique, de la paix et de la sécurité ou du commerce mondial, les réponses durables aux défis communs passent par le multilatéralisme.
Financer le développement : donner aux capitaux africains un rôle moteur
L’un des messages les plus marquants de ses interventions concerne la mobilisation des ressources financières du continent.
Wamkele Mene a rappelé que l’Afrique investit déjà dans le développement de ses capacités productives, notamment dans les énergies renouvelables, avec l’appui significatif de ses banques commerciales et de ses institutions de financement du développement.
Cette dynamique doit désormais changer d’échelle.
Le Secrétaire général a insisté sur la nécessité de créer un environnement de confiance permettant de mobiliser davantage l’épargne africaine au service de l’investissement productif. Les fonds de pension, les fonds souverains et les autres ressources financières de long terme pourraient jouer un rôle accru dans le financement de la transformation économique du continent.
Il a également souligné l’importance des mécanismes de rehaussement de crédit, notamment des garanties de plus grande envergure, pour faciliter la participation des investisseurs internationaux et contribuer à corriger une perception du risque africain qu’il juge excessive.
Son message ne consiste pas à opposer les capitaux africains aux investissements étrangers, mais à affirmer une priorité : les ressources africaines doivent jouer un rôle moteur dans le financement du développement du continent.
Les capitaux internationaux demeurent les bienvenus. L’enjeu est de renforcer la capacité de l’Afrique à mobiliser ses propres ressources, à orienter les investissements vers ses priorités et à construire des partenariats financiers plus équilibrés.
Partenariats internationaux : partir des intérêts définis par l’Afrique
Interrogé sur les relations économiques du continent avec ses partenaires internationaux, le Secrétaire général a défendu une approche fondée sur la clarté des intérêts africains.
Selon lui, la question déterminante n’est pas de privilégier un pays ou une région du monde au détriment d’un autre. Elle est de savoir dans quelle mesure les partenariats envisagés répondent aux priorités que les pays africains ont eux-mêmes définies.
Cette position traduit une volonté de faire des intérêts du continent le point de départ de ses relations économiques extérieures.
Chaque État, comme le continent dans son ensemble, doit pouvoir apprécier ses partenariats à l’aune de leur contribution à ses objectifs de développement.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre les partenaires, mais de choisir les partenariats qui servent les intérêts africains.
Énergie : faire de l’autosuffisance une priorité économique
Les récentes perturbations des marchés énergétiques ont rappelé la vulnérabilité des économies face aux chocs extérieurs.
Wamkele Mene a relevé leurs répercussions sur le continent africain : hausse de l’inflation, renchérissement du crédit et augmentation des coûts de production.
Pour le Secrétaire général, ces tensions mettent en évidence la nécessité d’accélérer le développement de l’autosuffisance énergétique africaine.
Cette ambition concerne aussi bien les énergies renouvelables que les ressources fossiles. Elle suppose une coopération renforcée entre les pays producteurs afin d’accroître les capacités de production et de mieux répondre aux besoins énergétiques du continent.
Au-delà de la sécurité des approvisionnements, l’enjeu est également économique : disposer d’une énergie plus accessible et plus fiable constitue une condition essentielle au développement industriel, à la compétitivité des entreprises et à la création d’emplois.
Intelligence artificielle et technologies émergentes : un enjeu de compétitivité et d’emploi
Le Secrétaire général a également attiré l’attention sur les risques d’un décrochage technologique de l’Afrique.
À mesure que l’intelligence artificielle et les autres technologies émergentes transforment les modèles de production et les échanges internationaux, leur maîtrise devient un facteur déterminant de compétitivité.
Wamkele Mene a averti qu’un retard dans ces domaines pourrait compromettre la capacité des économies africaines à développer leurs activités et à créer les emplois nécessaires pour leur jeunesse.
Il a indiqué que le Secrétariat de la ZLECAf travaille avec le secteur privé à la mobilisation d’investissements dans les infrastructures et les outils indispensables à l’économie numérique : plateformes de paiement, solutions de commerce numérique et centres de données.
Il a notamment insisté sur l’importance d’alimenter ces infrastructures en énergies renouvelables.
Le développement de l’intelligence artificielle soulève également des questions de propriété intellectuelle qui, selon lui, méritent une attention particulière.
Ces enjeux illustrent la nécessité pour le continent d’investir simultanément dans les infrastructures numériques, l’innovation et les conditions de sa compétitivité future.
Paiements transfrontaliers : prolonger la révolution du mobile money
Le développement des services financiers mobiles constitue déjà l’une des transformations majeures de l’économie africaine.
Wamkele Mene a souligné que les plateformes numériques et les systèmes de paiement permettent désormais à de petites entreprises d’accéder à des marchés situés au-delà de leurs frontières nationales.
Ces avancées ouvrent de nouvelles perspectives pour le commerce intra-africain, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises.
Mais leur plein potentiel dépendra de la capacité des cadres réglementaires à accompagner cette évolution.
Le Secrétaire général a ainsi identifié les paiements mobiles transfrontaliers comme l’un des prochains grands défis à relever, afin que la circulation des paiements puisse soutenir plus efficacement celle des biens et des services à travers le continent.
Cette évolution constitue un levier important pour traduire l’ambition du marché unique africain dans la réalité quotidienne des entreprises et des consommateurs.
Les principales déclarations du Secrétaire général
Les citations ci-dessous sont reproduites dans leur formulation originale en anglais. Les versions françaises sont des traductions de courtoisie établies par le Secrétariat de la ZLECAf. Pour toute reprise textuelle, les médias sont invités à se référer à la diffusion originale de CNN.
Sur le multilatéralisme et le marché unique africain
“At this point, multilateralism is the solution for us to create a single market.”
« À ce stade, le multilatéralisme est la solution qui nous permettra de créer un marché unique. »
Panel « The Negotiators », 29 octobre 2026.
“The path that will solve global problems is multilateralism, whether it is climate change, peace and security, or global trade.”
« La voie qui permettra de résoudre les problèmes mondiaux est celle du multilatéralisme, qu’il s’agisse du changement climatique, de la paix et de la sécurité ou du commerce mondial. »
Panel « The Negotiators », 29 octobre 2026.
Sur le financement du développement africain
“Global capital is always welcome, but the lead capital has to be African.”
« Les capitaux internationaux sont toujours les bienvenus, mais les capitaux africains doivent jouer le rôle moteur. »
Entretien avec CNN, 29 octobre 2026.
Sur le choix des partenaires internationaux
“To the extent that the continent’s interests are at the fore of those partnerships, that is the criterion.”
« Le critère déterminant est que les intérêts du continent soient placés au premier plan de ces partenariats. »
Entretien avec CNN, 29 octobre 2026.
Sur l’autosuffisance énergétique
“It certainly points to the need to accelerate the development of Africa’s energy self-sufficiency.”
« Cela souligne assurément la nécessité d’accélérer le développement de l’autosuffisance énergétique de l’Afrique. »
Entretien avec CNN, 29 octobre 2026.
Sur les technologies émergentes et l’emploi des jeunes
“If we do not advance on emerging technologies, including artificial intelligence, and invest in our own competitiveness, we will not be able to create jobs for young people.”
« Si nous ne progressons pas dans les technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle, et si nous n’investissons pas dans notre propre compétitivité, nous ne pourrons pas créer d’emplois pour les jeunes. »
Entretien avec CNN, 29 octobre 2026.